La nudité


Antonella Nappi



Ce texte a été précédemment publié dans Lea Melandri (auteur et éditeur), Una visceralità indicible, Milan, F. Angeli, 2000, p. 141-144.

Il est apparu la première fois en italien dans le journal Sottosopra. Esperienze dei gruppi femministi in Italia, Milan, Gruppo der giornale, 1973.



Au mois de juin j'ai participé à un colloque organisé par le Mouvement féministe français en Vendée pour passer une semaine à la mer, entre femmes, éloignée de la contradiction « quotidienne » de la relation avec l'homme.

Le groupe qui avait promu le colloque ne voulait pas s'arroger la gestion de la semaine, d'ailleurs une gestion collective n'avait jamais été expérimentée et nous en avons vécu les difficultés de manière productive: sept jours pour un colloque c'est trop long : de manière plus réaliste, ils se transforment en sept jours de vie collective, ce qui n'est pas facile à improviser entre des femmes qui ne se sont jamais vues auparavant, parlant des langues différentes, emprisonnées, comme nous l'étions, dans l'enceinte d'un orphelinat pris en location. Nous nous sommes rencontrées principalement par groupes et individuellement, il a fallu beaucoup de bonne volonté. Les prochains colloques devront nous trouver plus expérimentées en termes d'organisation collective : le vrai colloque, plus ordonné, se tenant à des heures fixes, la vie collective, plus riche en instruments de connaissance et de divertissement.

L'expérience fondamentale de ce colloque a été pour moi la nudité.

Au cours du même mois j'étais allée au festival du« Roi Nu » à Zerbo sul Ticino.

Le discours sur la liberté sexuelle, sous-jacent au comportement de ces groupes « hippies »,  m'avait toujours laissée très méfiante. Il est certain que la crise des institutions, la crise du rôle masculin qu'ils expriment, induit les hommes et les femmes à adopter des comportements permissifs par rapport au sexe, mais ce qui peut apparaître libératoire pour les hommes est certainement très différent pour les femmes. En effet le chemin de l'amour libre, de l'amour de groupe, du haschisch, qui ne correspond à aucun des comportements sociaux qui ont changé au sein de la population, naît comme une solution individuelle et n'entame pas la relation d'oppression de l'homme sur la femme ; de cette relation il devient, au contraire, une simple variante.

Le refus de la famille est pour le jeune homme un refus seulement provisoire, qui, pour l’instant, revient à éviter l’effort d’une relation humaine contradictoire et approfondie, telle que celle avec la femme, cela signifie en gros baiser davantage à bon marché. Cette attitude, par delà le fait qu'elle est élitiste, ne touche pas à la structure familiale, elle ne touche pas au mythe de la monogamie (qui a été historiquement imposée seulement aux femmes, tandis que l'homme pouvait, sans susciter de réprobation sociale, recourir à la consommation des prostituées) qui sont et demeurent pour la population des structures de vie contraignantes, et pas seulement des modèles culturels.

La voie de la mise en question de la relation entre les individus, et par conséquent de la relation entre les hommes et les femmes, de la recherche de soi-même, de la lutte contre la répression sexuelle ne peut pas être ouverte de façon univoque, comme elle l’a toujours été,, seulement par les hommes, sans la présence politique des femmes, car ces premiers sont les auteurs de la société que eux et nous-mêmes voulons détruire, alors que les seconds sont les sujets sur lesquels l'actuelle organisation sociale, l'actuelle répression sexuelle se fonde. Ce sont ceux qui sont réellement concernés qui peuvent fournir les instruments qui n’ont pas été corrompus par le sexisme, capables de permettre le développement d’une organisation sociale différente. (C'est encore sexiste que de parler de répression sexuelle, de société inhumaine et aliénée, sans analyser les formes spécifiques dans lesquelles ces choses se réalisent et surtout l'élément sur lequel elles se fondent : la subordination de la femme à l'homme.)   

Les femmes uniquement peuvent alors revendiquer le champ social, interpersonnel, sexuel, en tant que champ de lutte, d'analyse, d'expérimentation, parce que dans ce camps–là, elles sont l'opprimé, l'inexprimé qui ne peut que détruire l'oppression pour toujours, et pour tous les sexes afin de se connaître soi-même et de se libérer.

Les filles qui sortent de groupes politiques, ou qui n'y entrent pas du tout, et qui suivent l'homme dans sa décadence sur le chemin de la passivité et de la socialité facile, confondent encore plus leurs exigences en tant que femmes avec les mythes culturels et contre-culturels imposés par la société masculine comme objectifs donnant l'accès à la promotion sociale ou raciale ou sexuelle, elles vivent la mort d'un oppresseur au lieu de la rescousse des opprimés.

Je n'ai jamais détesté autant qu'à leur colloque ces gens de Le Roi Nu, gens de contreculture qui proclament l'amour universel.

Je suis allée à Zerbo pour dépasser ce qui pouvaient être des a-prioris, pour me rendre compte de l'amélioration qu'il pouvait y avoir dans les relations entre jeunes gens d'une génération plus jeune que la mienne, et aussi pour passer une journée en plein air et en collectivité : cette humanité que ces jeunes gens veulent « laisser naître » chez eux aurait pu poindre, et j'en aurais profité, en m'en réjouissant moi aussi.

Je me rappelle toutefois que, quand j'ai lu plage, fleuve sur l'affiche publicitaire du festival, la première chose qui m'est venue à l'esprit a été : sûrement une fille se déshabillera ; et si cette pensée provenait de ma vision des choses opprimée et réprimée, elle pouvait émaner d'autres (et en effet elle avait amené beaucoup des personnes à Zerbo).

En m'acheminant sur la route de campagne j’éprouvais une grande peur de me retrouver blessée par une liberté sexuelle où la femme serait encore un objet érotique. Je craignais de trouver des filles à moitié nues, qui auraient frappé ma pudeur (j'ai compris que toute ma pudeur était faite de haine envers le regard de l'homme, de refus d'entrer en compétition avec les femmes pour le regard de l'homme), je craignais que le comportement des ces filles n'affaiblisse aux yeux des mes camarades féministes, aux miens et à ceux de l'homme pour lequel j'avais dépensé tant de mots pour le souligner, l'oppression d'un sexe sur un autre, en faisant miroiter un mirage de libération « au-dessus » des sexes. Je craignais d'être humiliée par la nudité des filles devant l'homme à qui je voulais aussi plaire. (Ma conscience féministe ne laisse plus rien passer d’inaperçu, je saisis la moindre agression portée à mon sexe, ce qui m'a rendue très fragile à l'égard des situations dans lesquelles mon sexe est impliqué, à l'opposé de l'effronterie avec laquelle, autrefois, je me tenais au dessus des autres femmes).

Je rencontre, une fois dépassé le piquet de ceux qui font la quête, une première fille au sein nu et je ressens ce premier tressaillement (choc érotique), c'est le même, je pense, que celui que ressent l'homme en assistant à de telles visions, car la réification de la femme opérée par la culture masculine, la mythification de certaines parties de notre corps, abstraites de sa totalité, est une culture qui nous a imprégnées toutes profondément.

Je ne me réjouis pas de l'indifférence (répression volontaire) que le garçon qui  m'accompagne est obligé d'afficher, au contraire, je considère cela comme un geste de paternalisme, et une tentative de se montrer à mes yeux moins oppresseur que les autres hommes.

Une fois arrivée à la plage, je me trouve désormais en état d'alarme, le dimanche de vacances s'annonce une journée de grande tension émotionnelle.    

Des nus, il y en beaucoup, les hommes affichent leur pouvoir de se déshabiller, les filles, elles peu nombreuses, ont chacune une raison dramatique de le faire qui produit l'effet commun de les isoler des autres femmes : l'une veut affirmer la parité avec l'homme, en identifiant son comportement au sien ; l'autre veut afficher sa perte de pudeur par rapport à d'autres femmes qui sont encore pudiques; une autre encore veut montrer des seins s'approchant plus que d'autres aux canons de la beauté tels qu'ils ont été décrétés par la culture masculine ; une dernière veut montrer à son copain, auquel elle reste collée, qu'elle se déshabille en public, ou bien elle lui montre  son corps nu qu'il connait déjà, mais pris au sein d'un jeu de regards, à coté des femmes habillées – une manière différente de lui appartenir – une autre pense sincèrement qu'en se déshabillant, elle va se sentir plus libre et sûre d'elle-même. 


L'exhibitionnisme blesse tout le monde, la masse des touristes qui n'arrivent pas à trouver un rapport entre leur vie réprimée et ce spectacle, les garçons qui doivent afficher de l'indifférence face à ces instincts sexuellement agressifs rendus spontanés par la culture masculine ; il blesse ceux qui ont conscience de jouir d'un spectacle gratuit et sont obsédés par la peur d'en rater une réplique, mais il blesse surtout les femmes, qui, avec le sens d'infériorité qui leur colle à la peau font semblant de rien encore une fois, apprennent à avaler d'autres coups, d'autres doses d'a-criticité. 

La norme, c'est d'être nues pour les hommes. Que ce soit intentionnel ou non pour ces filles-là, le seul fait de se retrouver nues au milieu des hommes, tandis que notre société ne nous laisse jamais nous déshabiller dans la vie quotidienne – elle nous utilise, au contraire, déshabillées en tant  qu'exception érotique dans les affiches publicitaires, dans les films –, elle fait de ces filles-là une autre exception érotique aussi importante. Non, elle fait de nous toutes une exception érotique, parce que la plupart des femmes habillées ou en bikini pourrait d'un moment à l’autre se déshabiller, c'est la contrepartie de ces filles nues.

Parmi les vrais « hippies », disons parmi les plus jeunes habitués du lieu, il y a aussi une volonté réciproque d'éviter le voyeurisme et de respecter l'intimité.

Moi-même, je partage cette attitude, qui signifie ne pas s'emparer de la nudité de l'autre, ou de tout le monde, ne pas étudier les corps pour rassasier son ignorance, ce qui finirait peut-être par générer une nouvelle conscience, mais de tout laisser à l'intuition, exercer une légère répression sur soi-même.

Je crois que pour les femmes, ne pas être possédée par les regards, mais être seulement objet d'intuition en tant que « nudité » divinisée par l'homme, cela peut seulement signifier être objet d'intuition en tant que femme nue, non pas en tant qu'être humain fait de chair et de sentiments, non pas en tant que personne complète. D’où ce qui s’en suit : ces filles ne se sont absolument pas montrées, car pour se montrer il faut être vue ; pour se sentir entièrement acceptée en tant que corps et personne il faut déjà être vue par quelqu'un qui regarde pour accepter, pour comprendre, pour connaître, pour aimer l'humain que l'on est (voir Laing).

L'ambiance générale se fait de plus en plus statique, dans une situation aussi ambiguë on n'approche pas les corps nus, on n'approche pas les inconnus, on se sent très mal à l'aise en rencontrant les amis, la spontanéité est glacée ici, je m'en vais.


En Vendée, beaucoup de filles se déshabillaient à la plage pour le soleil, parce que le naturisme est très pratiqué par les hommes et les femmes des pays à bourgeoisie riche, parce qu'elles avaient déjà approfondi ce thème dans les réunions féministes.

Je leur ai dit que je ne me déshabillais pas de manière spontanée, que je n'avais jamais vu de femmes nues de manière décontractée (je n'ai pas de sœurs, ma mère se cachait à moi, je n'ai pas eu d'amitiés féminines car j'ai toujours préféré me confronter avec les hommes). J'ai raconté ce qui s'était passé à Zerbo et j'ai posé mon problème : je vivais la nudité des femmes comme les hommes la vivent, c'est à dire que ce qui était traditionnellement couvert, une fois découvert, produisait en moi une curiosité morbide ; c'est justement cela que la nudité féminine est censée produire pour pouvoir être montrée au cinéma, dans les kiosques à journaux etc…

Je leur ai dit que si nous voulions nous déshabiller, nous ne devions pas le faire sous prétexte du soleil, mais que cela devait répondre à la volonté de connaître nos corps, de regarder et d'être regardées pour nous connaître entièrement, nous connaître non pas seulement à travers les discours que nous faisons, mais pour conquérir une vision à nous, une vision des femmes sur la nudité de la femme, pour vérifier ce qui pouvait expliquer la construction du mythe érotique de certaines parties du corps plutôt que d'autres, et l'abstraction que l'on a opérée de ces parties du reste du corps, celle qu'on a opéré de sa réalité pour en venir à un modèle stéréotypé.

Ce discours a été très clair pour toutes, un très grand groupe de françaises s'était même déjà occupé depuis longtemps de ces problèmes en en faisant sa pratique quotidienne.

Connaître le corps de la femme a été pour moi, dans mon processus de libération, beaucoup plus significatif et facile que ce que j'avais pu imaginer.

La destruction du stéréotype féminin se fit très rapidement : en une journée.

Comme par ironie les parties du corps qu'on a l'habitude de couvrir (ou de montrer d'une façon artificielle) sont les moins harmonieuses, elles sont habituellement les moins belles de notre corps.

La nudité, au contraire, mettait en relief tout d’abord le visage, puis les mains, les pieds, les épaules ; pourtant, en même temps, les fesses, le pubis et surtout les seins étaient un élément extrêmement caractérisant pour chacune de nous : ce qui a été unifié dans la divinisation de la femme est la partie la moins unifiable entre toutes : leur variété était infinie, il était possible de se reconnaître seulement à partir de la poitrine, ceci peut arriver seulement avec les yeux ou avec la dentition ; de plus la poitrine est un élément très changeant dans les années, il n' y a rien de plus faux donc que de le fixer dans un modèle.

La chose la plus importante était cependant l'intégralité du corps, et l’intégralité du corps avec la personne.  Dans le corps, les seins prenaient une valeur justificatrice, ils devenaient  les mamelles, celles qui permettent d’allaiter le fils dont tu accouches, en dehors de cette fonction ils se réduisaient à une permanence, ils étaient un fardeau que le corps porte sur lui, à la limite même désagréable, et que l'on aime si on aime le corps dans sa totalité parce qu'il est un fait réel, et que à ce moment-là, tout devient aimable.

On peut dire la même chose d'autres parties bradées à la culture masculine, dont on a cependant moins fait la propagande (parties qui ont été moins objectivées, manipulées). Le postérieur, par exemple, est en soi une réalité plus acceptée par tous car il est le même pour garçons, filles, enfants et vieux ; la surprise qu'il provoque dans la culture masculine est toujours liée à la certitude qu'il appartienne justement à une femme; c'est ceci qu'on essaye de découvrir si sa vision nous en laisse le doute. On est habitué à se refuser toute réaction émotionnelle s'il est sûr qu'il appartient à un enfant. S'il appartient à un homme, il suscite en général hilarité ou colère (à la projection du film de Pasolini Les contes de Canterbury, les hommes pestèrent contre le réalisateur).

J'ai découvert ainsi que le derrière est agréable (j’évolue naturellement dans le cadre d'une esthétique traditionnelle qui a été engendrée par la culture dans son ensemble, parce que je n'en connais pas d'autre) mais par nature beaucoup moins lisse, musclé, défini et doué d'une couleur uniforme que ce qu'ils nous donnent à croire, il trahit à chaque mouvement et à chaque position qu'il est tremblant, c'est-à-dire fait d'un matériau assez périssable et très mobile, tel que la chair humaine, et tellement mobile que la meilleure parmi toutes les formes qu'il assume reste insaisissable.

Le pubis est quelque chose de difficile à accepter, parce qu’il n’a rien à voir avec celui d’une poupée tel qu’on nous l'a fait parfois voir. Le sexe est bien visible (c'est pourquoi on expose facilement la poitrine mais pas le pubis) et, à différence de celui de l'homme, son aspect est sans défense dans le sens où il rend visible quelque chose qui fait penser davantage à ce qui se trouve à l'intérieur du corps qu'à l'extérieur à cause de sa matière, de sa couleur et de sa forme ; il semble que tout objet extérieur au corps puisse y pénétrer (je ne me rappelle d’aucune femme qui se soit assise sur la pelouse ou sur la plage sans protéger le vagin). En effet, sans amour pour l'humanité, je comprends que les hommes, pour accepter le sexe féminin, doivent le rendre érotique.

En peu de jours, les corps et les personnes étaient devenus indissociables, justement parce qu'il n'y avait pas eu une connaissance séparée des uns et des autres, mais au contraire ces deux choses dans leur ensemble avaient rendu plus forte notre capacité de connaissance réciproque, elles lui avaient imprimé une orientation très sincère. Il est impossible de se camoufler quand on est nu, l'attitude que l'on prend en public – la façon de s'habiller, de se maquiller, la vie privée qui n'est pas exposée au critiques –, ce sont des choses dont on ne dispose plus, on est entièrement là, et pas seulement pour un court instant : on est là en train de bouger, de vivre et de vouloir s'exprimer ; on finit par être vraiment et entièrement présente à l’intérieur de son discours, à cause de la façon dont on s'exprime et de la manière dont on est perçue. 


Pour moi être connue et vue a été une joie, mon corps était un fait établi, je ne pouvais plus le camoufler, en cacher des morceaux, l'ignorer en l'excusant de sa nudité dans les rares moments où je me retrouvais seule dans une salle de bain ou dans la cabine d'une plage ; il était là dans sa totalité avec une telle affirmation que le fait d’avoir fait un régime, de s’être épilée ou pas, ne comptait désormais plus pour grand chose ; constater que ce corps qui est le mien avait non seulement été accepté mais que me connaître était une question physique et intellectuelle en même temps, et que j'étais aimée en tant que totalité, m'a donné beaucoup de force.

Avant cette expérience, j'avais montré ma nudité exclusivement aux hommes, j'avais donc le sentiment de les attirer et de faire accepter le corps que j'avais (j'ai un corps normal), mais ce corps je l'avais dans la mesure où ce n’était pas moi ou mon corps qui devait être acceptée, mais bien au contraire ce que je représentais en tant que femme: c'était de la poudre aux yeux qui couvrait mon corps réel. D'où le courage de me montrer.

De plus, je me déshabillais dans une situation précise qui tendait à dévier la curiosité d'une connaissance « objective » vers une tension émotionnelle, une appropriation sexuelle : pour moi il était donc clair que j'échappais à l'oeil par le chantage du sexe et de l'affection.

J'ai donc eu le sentiment qu'en me montrant de cette manière et à ce sexe-là, je créais une intimité exclusive avec l'homme avec lequel j'étais, à chaque fois, liée affectivement, car lui seulement me connaissait dans mon corps et m'acceptait, par rapport aux autres personnes et aux autres femmes.

Cette intimité était un instrument important de cohésion avec l'homme et un instrument qui produisait le vide avec les femmes, il était aussi, comme je l'ai déjà dit, une illusion car, en fait je n'étais jamais regardée pour de vrai (l'affection pourra justifier les défauts de ton corps, mais le corps que l'homme désirera abstraitement sera toujours un autre ; cette affection et cette indulgence dépendent du rapport de possession auquel tu te soumet, c'est cela qui donne des atouts dans la compétition physique avec les autres femmes: tu peux bien êyre celle que tu es, mais quand bien même tu es à lui). J'avais donc une conscience déformée de mon corps, déformée était donc aussi l'intimité que je créais avec lui.

En Vendée, j'ai été vue sans chantage ; sans conditions, j'ai donné à mon corps le droit d'exister en ce qu'il est et je l'ai connu.

La nudité est une grande pratique ! Si nous, les femmes, pouvions toutes la pratiquer, si nous pouvions la proposer aux hommes aussi, ils seraient certainement impliqués dans un processus de connaissance, ils comprendraient eux aussi quelque chose de nouveau, mais comment faire ?

Si des hommes avaient été présents en Vendée, notre affection entre femmes aurait été immédiatement brisée de même que notre vision sur nos corps, notre attitude, parce que nous sommes encore très faibles. 

Même si nous avions réussi à leur faire vivre une expérience positive, étant donné que, au delà de cette expérience limitée les rapports de masse, la réalité, la culture demeurent inchangés, ces hommes s'y seraient trouvés à nouveau happés. Moi-même, j'ai le sentiment de commencer à m'éloigner de la Vendée.

Il faut accroitre notre conscience, notre incidence dans la vie de toutes les femmes : ou bien il y a une correspondance de ce que nous expérimentons entre hommes et femmes dans la société tout entière ou bien le résultat des meilleures relations avec l'autre sexe reste douteux.

La nudité doit être une expérience des femmes, pour devenir ensuite une réalité de masse.   




Traduit de l’italien par Diletta Mansella