Préface
Ce numéro s’interroge sur la manière dont les curatrices et curateurs évoluent dans le paysage institutionnel actuel et le climat politique général en Europe – depuis la montée du populisme et l’influence de l’extrême droite sur les réseaux sociaux et dans les médias jusqu’aux multiples crises économiques qui se recoupent, le génocide en Palestine et la guerre en Ukraine, et leur répercussion sur l’ensemble du domaine culturel.
À l’heure actuelle, les projets curatoriaux sont de plus en plus façonnés par des impératifs politiques, souvent d’une manière qui, en fin de compte, sert leurs propres intérêts. En Allemagne, par exemple, on est dissuadé de parler de la Palestine. En France, on ne peut pas accrocher le drapeau de la Martinique sur un bâtiment public.
Alors que les institutions artistiques adoptent des logiques managériales et corporates de plus en plus marquées, finissant par fonctionner comme des lieux d’investissement de capitaux, nous nous demandons dans quelle mesure elles opèrent en tant que sphère publique.
A contrario, Manuel Borja-Villel, ancien directeur du Museo Reina Sofía, a décidé d’ouvrir le musée à des collectifs de chercheurs, de militants et d’intellectuels, afin de favoriser une participation à long terme à la production d’expositions. Des initiatives telles que Museo Situado (Le Musée situé) s’intéressent au rôle du musée au sein de son quartier, remettant en question la forme et la fonction d’une exposition sous cet angle. Borja-Villel peut affirmer : « L’extérieur est très important, car c’est de là que proviennent les questionnements véritablement radicaux. »














